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La photo de la semaine : des grizzlys à contre-jour, la leçon de lumière de la Journée mondiale de l’océan

Côte sauvage de Quiberon — photographie de paysage breton de Franck Besrest

Le 8 juin, pendant que le monde célébrait la Journée mondiale de l’océan sous l’égide des Nations unies, treize photographies ont été dévoilées au siège de l’ONU à New York. C’est le palmarès du UN World Oceans Day Photo Competition 2026, un concours organisé avec Dive Photo Guide et l’UNESCO, et chaque année il me happe : la mer y est montrée comme je l’aime, à la fois fragile et magnétique. Mais une image, parmi les treize, m’a arrêté net.

C’est celle de l’Américain Bruce Sudweeks, premier prix de la catégorie reine pour nous autres photographes de littoral : « Above Water Seascapes » — les paysages au-dessus de la surface. Deux oursons grizzlys, museau contre museau, jouant dans une rivière à saumons de l’île Kodiak, en Alaska, au tout premier soleil. Vous ne verrez pas l’image ici par respect du droit d’auteur, mais je vous invite vivement à l’admirer sur le site officiel du concours — elle le mérite.

L’histoire de l’image

La scène se passe à l’aube, sur Kodiak Island. Pour ces oursons, la journée commence comme toutes les autres : manger, jouer, dormir. La rivière déborde de saumons qui remontent le courant pour frayer une dernière fois, et les jeunes ours n’ont qu’à se servir. Sudweeks saisit l’instant exact où les deux frères se chamaillent dans l’eau, à contre-jour, cernés par une lumière dorée si intense qu’elle dessine leurs silhouettes d’un trait de feu.

Ce qui me touche, c’est que ce n’est pas une photo d’animaux au téléobjectif clinique. C’est une photographie d’océan : la rivière, les saumons, les ours forment une seule chaîne de vie reliée à la mer. Le jury ne s’y est pas trompé en la classant dans les « paysages au-dessus de l’eau » plutôt que dans la faune. La mer commence bien avant la côte.

Décryptage technique — la leçon du contre-jour

Techniquement, tout repose sur une décision que beaucoup de débutants fuient : placer le soleil face à l’objectif. À l’heure dorée, quand l’astre rase l’horizon, sa lumière traverse les bords du sujet et crée ce liseré lumineux — le rim light — qui détache les contours du fond. C’est lui qui transforme deux oursons mouillés en apparition.

Le piège, c’est l’exposition. En contre-jour, le boîtier veut « sauver » les ombres et crame tout le reste. Le geste juste est inverse : exposer pour les hautes lumières, accepter que les masses sombres deviennent des silhouettes, et laisser la gouttelette d’eau, le poil mouillé, la vapeur de la rivière capter ce halo. Ajoutez à cela une prise de vue basse, presque au ras de l’eau, qui place le spectateur dans la scène plutôt qu’au-dessus — et surtout une patience animale infinie, car l’instant du museau contre museau ne se commande pas : il se guette.

🎯 La leçon du photographe. N’ayez pas peur du contre-jour. La plupart des plus belles lumières que j’ai rapportées de Bretagne sont nées en visant le soleil, pas en lui tournant le dos. Réglez votre exposition sur la zone la plus claire, descendez à hauteur de votre sujet, et attendez. La lumière rasante de l’aube et du crépuscule fait le reste : elle sculpte, elle isole, elle raconte.

Et en Bretagne ?

Cette image d’Alaska me parle parce que je cours après la même lumière, à 7 000 kilomètres de là. Sur la côte morbihannaise et autour des mégalithes de Carnac, l’aube fait exactement ce travail : elle allume un liseré d’or sur le granit mouillé, sur l’écume, sur les silhouettes des menhirs. Le contre-jour breton n’a rien à envier à celui de Kodiak — il faut juste se lever tôt, et accepter de se mouiller les pieds.

Côte sauvage de Quiberon — photographie de paysage breton de Franck Besrest
« Côte sauvage de Quiberon » — un de mes tirages, né de cette même quête de lumière sur le littoral. Cliquez pour découvrir l’œuvre.

C’est tout l’esprit de mon travail : capter ces instants où la lumière de l’océan transfigure un paysage familier. Si vous voulez prolonger cette balade lumineuse, je vous invite à découvrir mon guide pour photographier les alignements de Carnac, ou simplement à m’écrire pour parler tirages, lumière et Bretagne.

Crédit photo du concours : Bruce Sudweeks — 1er prix « Above Water Seascapes », UN World Oceans Day Photo Competition 2026 (organisé par Dive Photo Guide). Photographie non reproduite ici ; à découvrir sur le site officiel du concours.

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La photo de la semaine : une aurore boréale sur la Voie lactée… en Bretagne

Aurore boréale rouge au-dessus des menhirs des alignements de Carnac, avec light painting — photographie de Franck Besrest

Chaque année début mai, le concours Milky Way Photographer of the Year fait le tour du monde : les 25 plus belles photos de la Voie lactée, sélectionnées parmi un nombre record de 6 500 candidatures, reprises par la presse internationale. Et cette année, l’une des images les plus commentées a été prise… en Bretagne, à la pointe de Pen-Hir, sur la presqu’île de Crozon.

La photo : « Where Earth Meets the Cosmos », d’Andrea Curzi

Le photographe italien Andrea Curzi sillonnait les côtes de Normandie et de Bretagne en camping-car depuis deux semaines, bataillant contre le vent et les nuages. Une seule nuit claire s’est offerte à lui — et quelle nuit. Posté sur la lande de Pen-Hir pour un panorama à 200°, il remarque en vérifiant ses fichiers une lueur rouge inattendue : une aurore boréale venait de se lever sur la Bretagne.

Dans une seule composition, son image rassemble une combinaison de phénomènes exceptionnelle : l’arche d’hiver de la Voie lactée, l’aurore, la lumière zodiacale, l’airglow, Orion et la boucle de Barnard, les Pléiades, les nébuleuses Rosette et Californie, Andromède et Jupiter. → Voir la photo et les 25 lauréats sur Capture the Atlas (je ne la reproduis pas ici, par respect du droit d’auteur — allez la voir, elle le mérite).

Mon regard de photographe

Ce que j’admire dans cette image, ce n’est pas seulement le résultat, c’est la méthode. Techniquement, c’est un travail d’orfèvre : 12 poses empilées pour le premier plan (focus stacking), 7 poses suivies sur monture équatoriale pour le ciel, un boîtier défiltré pour capter l’hydrogène des nébuleuses, un filtre H-alpha. Chaque pose fait 3 minutes : la moindre erreur de suivi, et tout est à refaire.

Mais la vraie leçon est ailleurs : deux semaines d’échecs, de vent et de ciels bouchés… et une seule nuit qui s’aligne. C’est exactement ça, la photo de nuit : une préparation minutieuse qui se tient prête pour l’imprévisible. Les images les plus mémorables naissent souvent des conditions qui semblaient perdues.

La Bretagne, terre de ciels noirs

Que cette photo soit bretonne n’a rien d’un hasard. Loin des grandes métropoles, les pointes du Finistère et du Morbihan offrent des ciels parmi les plus purs de France. C’est ce qui me pousse, nuit après nuit, à retourner photographier les alignements de Carnac sous les étoiles — il y a quelque chose de vertigineux à cadrer la Voie lactée au-dessus de pierres dressées il y a 7 000 ans.

Et ce phénomène, je l’ai vécu aussi. La même vague d’aurores qui a illuminé Pen-Hir a embrasé le ciel au-dessus des alignements de Carnac — j’y étais, trépied planté dans la lande :

Aurore boréale rouge au-dessus des menhirs des alignements de Carnac, avec light painting — photographie de Franck Besrest
Mon aurore boréale sur les alignements de Carnac — bientôt disponible en tirage d’art (me contacter pour réserver le vôtre).

Si cette image d’Andrea Curzi vous a donné envie de lever les yeux, explorez ma collection Mégalithes — Géant du Manio sous les étoiles, light painting nocturnes, pleines lunes sur Carnac — ou demandez-moi une photo de nuit sur mesure : votre paysage breton préféré, sous le ciel qu’il mérite.

Franck Besrest — photographe de Bretagne, Carnac & Morbihan.
Crédit photo du concours : Andrea Curzi / Capture the Atlas — Milky Way Photographer of the Year 2026.