13 août 2026. En une matinée, les mêmes images se sont retrouvées sur CNN, dans Popular Science, chez Colossal et dans la presse française : le magazine britannique Oceanographic et Blancpain venaient de dévoiler les finalistes de l’Ocean Photographer of the Year 2026. Septième édition, neuf catégories, et une sélection qui, cette année encore, oscille entre l’émerveillement pur et le constat glaçant.
Les vainqueurs ne seront connus qu’en septembre. Mais comme souvent, c’est la sélection des finalistes qui fait le buzz — parce qu’elle est plus large, plus contrastée, et parce qu’une image en particulier a échappé à tout le monde pour partir en roue libre sur les réseaux.
L’image qui a fait le tour du monde
Elle est signée Gergo Rugli, catégorie Adventure. La scène se passe à Tamarama Beach, à Sydney, un jour de grosse houle avec un vent d’offshore qui tient les vagues debout. Dans la même vague que les surfeurs : un groupe de dauphins. Pas de passage furtif — le pod est resté plus d’une heure dans le line-up, se déplaçant au milieu des humains comme s’il faisait partie du décor.
Rugli n’a pas photographié depuis la plage au 600 mm. Il était dans l’eau, au milieu, dans la zone d’impact. Et c’est exactement ce qui donne à l’image sa force : on n’est pas spectateur de la scène, on y est.
Aucune reproduction de la photo ici — c’est une règle absolue sur ce blog. Ces images appartiennent à leurs auteurs. Allez les voir sur les pages officielles : elles méritent le plein écran.
Voir la galerie officielle des finalistes →
La sélection commentée par Colossal →
Les 20 finalistes sur Popular Science →
Trois Français dans la sélection
C’est le détail que la presse anglo-saxonne a laissé passer et qui mérite d’être souligné : trois photographes français figurent parmi les finalistes 2026.
- Marc Lenfant (Adventure) — trois surfeurs convergent sur la même vague à Teahupo’o, en Polynésie française. Un rameur est éjecté, le surfeur tracté change de trajectoire à la dernière seconde et attrape le cameraman pour éviter la collision. Sur une vague qui se dresse presque à la verticale, tout se joue en fractions de seconde.
- Thomas Pavy (Conservation — Hope) — un grand requin-marteau photographié à 55 mètres de fond dans la passe de Tiputa, à Rangiroa, pendant un recensement scientifique. Ni appât ni attractant : de la photo-identification pure, qui transforme un requin anonyme en individu suivi dans le temps.
- Romain Barats (Conservation — Impact) — trois manchots papous plantés devant la carcasse rouillée de l’ancienne station baleinière Hektor, à Whalers Bay, sur l’île de la Déception. La faune qui reprend, sans un mot, le terrain d’une industrie qui l’a saignée.
Ce que ces images nous apprennent techniquement
On regarde souvent ce genre de palmarès en se disant « il faut plonger, il faut du matériel à 15 000 €, il faut aller en Polynésie ». C’est vrai pour une partie des images. Ce n’est pas vrai pour les plus fortes.
1. Le point de vue prime sur le matériel. La photo de Rugli fonctionne parce qu’il est entré dans l’eau. Depuis la digue, avec le meilleur téléobjectif du monde, elle n’existe pas. C’est un choix de position, pas un choix de boîtier.
2. La durée est une technique. Un pod qui reste une heure, un photographe qui compte 17 tortues arriver une par une avec la marée montante (Leighton Lum, à Maui), une crabe-arlequin qui demande plusieurs plongées sur le même site avant de sortir de son éponge (Andrea Michelutti) : dans presque tous les cas, la photo est au bout du temps passé, pas au bout de la première tentative.
3. Photographier la mer qui bouge, concrètement. Pour figer les embruns et une crête qui explose, il faut monter à 1/1600 – 1/2500 s, quitte à assumer 1600 ou 3200 ISO en lumière rasante. Pour au contraire filer l’eau et obtenir ces surfaces de soie sur l’estran, on redescend à 1/2 s – 2 s avec un filtre ND et un trépied bien planté dans le sable. Entre les deux, la plage de 1/15 à 1/60 s ne donne en général rien : ni gel, ni fluidité, juste du flou.
4. Anticiper la série. La houle arrive par trains. On ne déclenche pas sur la vague qu’on voit — on déclenche sur celle qu’on a comprise deux séries plus tôt. C’est la même logique que la marée : le photographe de mer travaille avec un horaire, pas avec une impulsion.
5. Protéger le matériel. Le sel est plus destructeur que le sable. Un chiffon microfibre, un boîtier rincé au chiffon humide en rentrant, une lentille frontale essuyée toutes les cinq minutes en bord de vague : sans ça, on rentre avec 200 images tachées d’auréoles.
La leçon du photographe
Aucune de ces images n’est le fruit d’un coup de chance. Elles sont le résultat d’un photographe qui était au bon endroit assez longtemps. La chance existe en photographie de mer — mais elle ne sourit qu’à ceux qui ont déjà les pieds dans l’eau depuis une heure. Sur une côte, le talent, c’est d’abord la présence.
Et sur nos côtes ?
Le Morbihan n’a ni orques ni requins-marteaux. Il a autre chose, et cette sélection le rappelle indirectement.
Il a d’abord des échouages. L’image de Rui Duarte, catégorie Human Connection — des bénévoles, des surfeurs et des sauveteurs qui remettent à l’eau des globicéphales échoués — pourrait avoir été prise en Bretagne. Ces scènes-là, nos côtes les connaissent : dauphins communs, globicéphales, cachalots. Le Réseau National Échouages en recense chaque hiver sur le littoral atlantique.
Il a ensuite une houle qui n’a rien à envier à celle de Sydney. La côte sauvage de Quiberon, un jour de coup de vent d’ouest, produit des murs d’eau sur les rochers que peu de littoraux européens égalent. Et par vent de nord-est — l’offshore breton — les vagues se tiennent debout exactement comme sur la photo de Rugli.
Crédits : Gergo Rugli, Marc Lenfant, Thomas Pavy, Romain Barats, Rui Duarte, Leighton Lum, Andrea Michelutti, Matthew Smith, Rafael Fernandez Caballero, Allan Cronin, Henley Spiers, Celia Kujala, Benjamín Yávar / Ocean Photographer of the Year 2026, présenté par Oceanographic et Blancpain. Les gagnants seront annoncés en septembre 2026.


