Publié le Laisser un commentaire

La photo de la semaine : des dauphins dans la vague des surfeurs de Sydney

13 août 2026. En une matinée, les mêmes images se sont retrouvées sur CNN, dans Popular Science, chez Colossal et dans la presse française : le magazine britannique Oceanographic et Blancpain venaient de dévoiler les finalistes de l’Ocean Photographer of the Year 2026. Septième édition, neuf catégories, et une sélection qui, cette année encore, oscille entre l’émerveillement pur et le constat glaçant.

Les vainqueurs ne seront connus qu’en septembre. Mais comme souvent, c’est la sélection des finalistes qui fait le buzz — parce qu’elle est plus large, plus contrastée, et parce qu’une image en particulier a échappé à tout le monde pour partir en roue libre sur les réseaux.

L’image qui a fait le tour du monde

Elle est signée Gergo Rugli, catégorie Adventure. La scène se passe à Tamarama Beach, à Sydney, un jour de grosse houle avec un vent d’offshore qui tient les vagues debout. Dans la même vague que les surfeurs : un groupe de dauphins. Pas de passage furtif — le pod est resté plus d’une heure dans le line-up, se déplaçant au milieu des humains comme s’il faisait partie du décor.

Rugli n’a pas photographié depuis la plage au 600 mm. Il était dans l’eau, au milieu, dans la zone d’impact. Et c’est exactement ce qui donne à l’image sa force : on n’est pas spectateur de la scène, on y est.

Aucune reproduction de la photo ici — c’est une règle absolue sur ce blog. Ces images appartiennent à leurs auteurs. Allez les voir sur les pages officielles : elles méritent le plein écran.

Voir la galerie officielle des finalistes →

La sélection commentée par Colossal →

Les 20 finalistes sur Popular Science →

Trois Français dans la sélection

C’est le détail que la presse anglo-saxonne a laissé passer et qui mérite d’être souligné : trois photographes français figurent parmi les finalistes 2026.

  • Marc Lenfant (Adventure) — trois surfeurs convergent sur la même vague à Teahupo’o, en Polynésie française. Un rameur est éjecté, le surfeur tracté change de trajectoire à la dernière seconde et attrape le cameraman pour éviter la collision. Sur une vague qui se dresse presque à la verticale, tout se joue en fractions de seconde.
  • Thomas Pavy (Conservation — Hope) — un grand requin-marteau photographié à 55 mètres de fond dans la passe de Tiputa, à Rangiroa, pendant un recensement scientifique. Ni appât ni attractant : de la photo-identification pure, qui transforme un requin anonyme en individu suivi dans le temps.
  • Romain Barats (Conservation — Impact) — trois manchots papous plantés devant la carcasse rouillée de l’ancienne station baleinière Hektor, à Whalers Bay, sur l’île de la Déception. La faune qui reprend, sans un mot, le terrain d’une industrie qui l’a saignée.

Ce que ces images nous apprennent techniquement

On regarde souvent ce genre de palmarès en se disant « il faut plonger, il faut du matériel à 15 000 €, il faut aller en Polynésie ». C’est vrai pour une partie des images. Ce n’est pas vrai pour les plus fortes.

1. Le point de vue prime sur le matériel. La photo de Rugli fonctionne parce qu’il est entré dans l’eau. Depuis la digue, avec le meilleur téléobjectif du monde, elle n’existe pas. C’est un choix de position, pas un choix de boîtier.

2. La durée est une technique. Un pod qui reste une heure, un photographe qui compte 17 tortues arriver une par une avec la marée montante (Leighton Lum, à Maui), une crabe-arlequin qui demande plusieurs plongées sur le même site avant de sortir de son éponge (Andrea Michelutti) : dans presque tous les cas, la photo est au bout du temps passé, pas au bout de la première tentative.

3. Photographier la mer qui bouge, concrètement. Pour figer les embruns et une crête qui explose, il faut monter à 1/1600 – 1/2500 s, quitte à assumer 1600 ou 3200 ISO en lumière rasante. Pour au contraire filer l’eau et obtenir ces surfaces de soie sur l’estran, on redescend à 1/2 s – 2 s avec un filtre ND et un trépied bien planté dans le sable. Entre les deux, la plage de 1/15 à 1/60 s ne donne en général rien : ni gel, ni fluidité, juste du flou.

4. Anticiper la série. La houle arrive par trains. On ne déclenche pas sur la vague qu’on voit — on déclenche sur celle qu’on a comprise deux séries plus tôt. C’est la même logique que la marée : le photographe de mer travaille avec un horaire, pas avec une impulsion.

5. Protéger le matériel. Le sel est plus destructeur que le sable. Un chiffon microfibre, un boîtier rincé au chiffon humide en rentrant, une lentille frontale essuyée toutes les cinq minutes en bord de vague : sans ça, on rentre avec 200 images tachées d’auréoles.

La leçon du photographe
Aucune de ces images n’est le fruit d’un coup de chance. Elles sont le résultat d’un photographe qui était au bon endroit assez longtemps. La chance existe en photographie de mer — mais elle ne sourit qu’à ceux qui ont déjà les pieds dans l’eau depuis une heure. Sur une côte, le talent, c’est d’abord la présence.

Et sur nos côtes ?

Le Morbihan n’a ni orques ni requins-marteaux. Il a autre chose, et cette sélection le rappelle indirectement.

Il a d’abord des échouages. L’image de Rui Duarte, catégorie Human Connection — des bénévoles, des surfeurs et des sauveteurs qui remettent à l’eau des globicéphales échoués — pourrait avoir été prise en Bretagne. Ces scènes-là, nos côtes les connaissent : dauphins communs, globicéphales, cachalots. Le Réseau National Échouages en recense chaque hiver sur le littoral atlantique.

Il a ensuite une houle qui n’a rien à envier à celle de Sydney. La côte sauvage de Quiberon, un jour de coup de vent d’ouest, produit des murs d’eau sur les rochers que peu de littoraux européens égalent. Et par vent de nord-est — l’offshore breton — les vagues se tiennent debout exactement comme sur la photo de Rugli.

 

Crédits : Gergo Rugli, Marc Lenfant, Thomas Pavy, Romain Barats, Rui Duarte, Leighton Lum, Andrea Michelutti, Matthew Smith, Rafael Fernandez Caballero, Allan Cronin, Henley Spiers, Celia Kujala, Benjamín Yávar / Ocean Photographer of the Year 2026, présenté par Oceanographic et Blancpain. Les gagnants seront annoncés en septembre 2026.

Publié le Laisser un commentaire

La photo de la semaine : le wingsuit qui a traversé l’éclipse totale

Mercredi 12 août, à 20 h 19, j’étais sur la côte comme des milliers d’autres, lunettes sur le nez, à regarder le soleil se faire grignoter à 95 % au-dessus de l’horizon. Une éclipse profonde, basse, orange, dans une lumière que je n’avais jamais vue en trente ans de terrain. Pendant que nous regardions ça depuis la Bretagne, à 1 200 kilomètres au sud, un homme en combinaison ailée traversait le disque noir du soleil à 240 km/h — et un photographe américain appuyait sur le déclencheur.

Le résultat est en train de faire le tour du monde. Et pour une fois, le buzz est mérité.

Ce qui s’est passé au-dessus d’Alarilla

L’image est signée Noah Wetzel. On y voit Mike Brewer, athlète de la Red Bull Air Force, en vol de wingsuit à quinze pieds — moins de cinq mètres — au-dessus de la crête du Balcón de la Muela, près d’Alarilla, au nord de Madrid. Son corps est découpé net sur l’anneau lumineux d’une éclipse totale.

Cette éclipse-là était déjà une anomalie : la première totalité visible depuis l’Espagne depuis 1905, et surtout une totalité qui tombait quelques minutes avant le coucher du soleil. Quatre-vingt-quatre secondes. C’est tout ce que l’équipe avait.

Aucune reproduction de la photo ici — c’est une règle absolue sur ce blog. L’image appartient à son auteur. Allez la voir sur les pages officielles, elle mérite le plein écran.

Voir la photo sur Red Bull.com →

Le décryptage de PetaPixel → Noah Wetzel sur Instagram →

La technique : de la perspective forcée, à un kilomètre et demi

C’est là que ça devient passionnant pour nous autres photographes. Le problème posé était double, et les deux moitiés se contredisaient.

Premier problème : faire un gros soleil. Un soleil ou une lune paraissent toujours plus imposants près de l’horizon, et un très long téléobjectif amplifie encore l’effet — c’est le principe de la perspective forcée, celui-là même qui permet de coller une pleine lune énorme derrière un menhir. Wetzel s’est donc installé à près d’un kilomètre et demi du couloir de vol, avec un Canon EOS R5 Mark II et non pas un mais deux objectifs 600 mm f/4 interconnectés. À cette focale, le champ couvert fait quelques mètres de large : il fallait que le wingsuiter passe exactement au bon endroit, au bon dixième de seconde.

Second problème : il fait nuit. Pendant la totalité, la lumière tombe d’un coup — Wetzel le résume très bien : entre une éclipse à 99 % et une éclipse totale, il y a la différence entre le jour et la nuit. Sans lumière d’appoint, le sujet ne serait qu’une silhouette noire sur un fond noir. La solution : trois systèmes de flash sans fil distincts installés sur le plateau, sous la trajectoire, pour figer le vol — trois, et non un, uniquement pour réduire le risque de panne. Le tout coordonné à la radio.

Neuf mois de préparation. Environ six cents heures. Quatre productions de test, dont une simulation avant l’aube à Moab, dans l’Utah, qui a imposé de traverser une rivière en raft et de monter des centaines de kilos de matériel dans la montagne, de nuit.

Pour quatre-vingt-quatre secondes.

La leçon de photographe

Ce que je retiens, ce n’est pas le matériel — deux 600 mm f/4, c’est le prix d’une voiture neuve, et ça ne fera jamais la photo tout seul. Ce que je retiens, c’est le rapport entre le temps de préparation et le temps de déclenchement. Six cents heures pour quatre-vingt-quatre secondes, soit un rapport de 25 000 pour 1.

C’est exactement le métier. Quand je pars faire une pleine lune derrière les alignements, la photo est déjà faite dans ma tête plusieurs semaines avant : azimut calculé, distance de recul mesurée sur la carte, marée vérifiée, repérage fait en plein jour, plan B en cas de nuage. Le jour J, il reste trois minutes où la lune est au bon endroit — et il n’y a plus rien à décider.

La photo spectaculaire n’est jamais un coup de chance. C’est une prévision qui s’est vérifiée. La bonne nouvelle, c’est que la préparation, elle, est gratuite.

Et chez nous ? Une éclipse à 95 % au ras de l’eau

Ne boudons pas notre plaisir : la Bretagne n’était pas dans la bande de totalité — celle-ci filait du Groenland à l’Islande puis au nord de l’Espagne — mais nous avons eu droit à une éclipse partielle très profonde, entre 94,7 % et 96,9 % du disque solaire occulté selon l’endroit, avec un maximum vers 20 h 19, soleil déjà bas sur l’horizon ouest.

Autrement dit : le soleil le plus photogénique de l’année, réduit à un croissant, posé juste au-dessus de la mer. Ceux qui avaient repéré leur premier plan à l’avance — une pointe rocheuse, un phare, un menhir — sont rentrés avec quelque chose. Les autres ont eu un beau souvenir et une photo moyenne. C’est toujours la même histoire.

C’est précisément ce jeu de perspective forcée que je travaille depuis des années sur le littoral morbihannais : reculer très loin, monter en focale, et laisser un astre écraser l’échelle d’une pierre debout. Les alignements de Carnac sont pour ça un terrain quasi idéal — des milliers de sujets verticaux alignés sur des kilomètres, donc autant d’axes possibles entre une pierre et le point où le soleil ou la lune va se poser. Vous trouverez le résultat de ces calculs dans la collection Mégalithes, en tirages d’art.

Et si vous voulez qu’on parle d’un lieu, d’un format ou d’un projet sur mesure, c’est par ici.

Rendez-vous le 2 août 2027

Petite consolation pour ceux qui ont raté celle-ci : la prochaine grande éclipse totale, c’est le 2 août 2027, avec une bande de totalité qui passera notamment par le sud de l’Espagne et l’Afrique du Nord. Ça laisse un an pour repérer un premier plan.

Ce qui, à l’échelle de Noah Wetzel, est presque du travail bâclé.

Crédit photo : Noah Wetzel / Red Bull Content Pool. Athlètes : Mike Brewer et Dani Román. Aucune image n’est reproduite sur cette page ; les liens renvoient vers les sources officielles.

Publié le Laisser un commentaire

La photo de la semaine : la Voie lactée de l’ISS qui fait douter la Toile

Cette semaine, la photo qui fait parler n’a pas été prise sur Terre. Elle a été prise à 400 km au-dessus de nos têtes, depuis la Cupole de la Station spatiale internationale — et elle est tellement spectaculaire que certains internautes refusent tout simplement d’y croire.

Une Voie lactée qui sème le doute

Le 31 juillet 2026, l’astronaute américain Don Pettit (NASA) a partagé sur X l’un de ses clichés préférés parmi les 1,2 million de fichiers RAW rapportés de sa dernière mission à bord de l’ISS (Expedition 72) : une image saisissante de la Voie lactée, avec des éléments de la station en premier plan et la Terre qui défile en dessous.

Face à l’intensité et à la netteté du ciel étoilé, plusieurs comptes X — dont un utilisateur certifié — ont mis en doute l’authenticité de l’image, la jugeant trop lumineuse pour être réelle : « toutes les autres photos et flux en direct depuis l’espace ne montrent qu’un vide noir », a écrit l’un des sceptiques. Don Pettit a répondu le lendemain avec un message technique détaillé, accompagné d’une photo de son matériel : la polémique s’est transformée en leçon de photographie à ciel ouvert.

Le secret : un suivi sidéral fabriqué à la main

La difficulté, en orbite, est particulière : l’ISS fait pivoter en permanence son axe de tangage pour garder son nadir constant (environ 4° par minute). Une pose longue classique transformerait donc les étoiles en filés, exactement comme sur Terre lorsqu’on laisse l’obturateur ouvert sans suivi. Pour contourner le problème, Pettit a utilisé un support de visée sidéral entièrement mécanique conçu par le Rochester Institute of Technology (RIT) : un mécanisme à ressort à spirale, usiné dans l’aluminium, qui fait pivoter l’appareil toutes les 90 minutes grâce à un jeu d’engrenages, pour annuler exactement la rotation orbitale et figer les étoiles en points fixes.

Réglages : Nikon Z9, objectif Arri Zeiss 15 mm T1.8, ouvert à pleine ouverture. « C’est en substance un traqueur d’étoiles analogique, entièrement mécanique, pour contourner les contraintes électriques strictes imposées par la NASA sur le fret », a expliqué l’astronaute. Depuis la fin de sa mission, le mécanisme est exposé au RIT.

La leçon du photographe : qu’on soit en orbite ou les pieds dans le sable breton, le problème est le même : la Terre (ou la station) tourne, et sans compensation, les étoiles laissent des traits au lieu de rester des points. Pour un photographe de nuit terrestre, la solution est plus modeste mais repose sur le même principe : un « star tracker » (Sky-Watcher Star Adventurer, iOptron SkyGuider…) compense la rotation de la Terre au lieu de celle d’une station spatiale. À défaut de traqueur, on applique la règle NPF ou la règle des 500/300 pour calculer le temps de pose maximal sans filé perceptible, avec en général une ouverture entre f/1.8 et f/2.8, une sensibilité ISO 3200 à 6400 et une pose de 10 à 20 secondes pour la Voie lactée. Le star tracker permet d’aller bien au-delà, avec des poses cumulées de plusieurs minutes et un ciel bien plus propre.

De la Cupole aux alignements de Carnac

Ce qui rend cette histoire particulièrement parlante, c’est qu’elle raconte, à une échelle vertigineuse, exactement ce que vivent les photographes de nuit sur le terrain : composer avec le mouvement du ciel, choisir le bon matériel, et accepter que la technique la plus rigoureuse serve avant tout à révéler quelque chose de très simple à admirer — un ciel étoilé. Les nuits claires sans lune sont rares sur la côte bretonne, mais quand elles arrivent au-dessus des alignements de Carnac, elles offrent un terrain de jeu unique pour la photographie nocturne : aucune pollution lumineuse en direction du large, et des mégalithes qui donnent un premier plan minéral à la Voie lactée.

Envie de découvrir ce que ce ciel breton donne une fois développé ? La collection Mégalithes rassemble les tirages d’art consacrés aux menhirs et alignements de Carnac. Pour toute question sur un tirage, une commande ou une demande spécifique, la page contact reste ouverte.

Voir le fil complet de Don Pettit sur X → · Lire l’article sur PetaPixel →

Publié le

La photo de la semaine : ces montagnes arc-en-ciel nominées aux Siena Awards 2026

Chaque été, le Siena International Photo Awards Festival réunit trois concours en un seul événement — les Siena International Photo Awards, les Creative Photo Awards et les Drone Photo Awards — et cette édition 2026 vient de dévoiler ses nominés : un chiffre vertigineux de 40 000 photographies soumises par des photographes de 163 pays. Parmi les images qui font le tour de la presse photo internationale cette semaine, une capture aérienne s’impose par sa seule palette de couleurs : les montagnes multicolores de Zhangye, en Chine.

La photo : « Rainbow Mountains », d’Abbas Rastegar

Nominée dans la catégorie Drone Photo Awards, l’image d’Abbas Rastegar montre depuis les airs les célèbres reliefs de grès du parc géologique de Zhangye Danxia, dans la province chinoise du Gansu — des strates rouges, ocre et vertes façonnées par des millions d’années de sédimentation, révélées à la verticale par le drone comme une peinture abstraite grandeur nature. Le jury du festival, qui a examiné les 40 000 candidatures venues de 163 pays, l’a retenue parmi une poignée de nominés dans cette catégorie dédiée à la photographie aérienne. Les lauréats seront annoncés le 10 octobre 2026, à l’ouverture du festival à Sienne.

Photo à découvrir uniquement sur le site officiel du festival — sienawards.com — ou via l’article de My Modern Met, © Abbas Rastegar.

Mon regard de photographe

Ce qui me frappe dans cette image, c’est qu’elle n’a besoin d’aucun sujet au sens classique du terme — ni personnage, ni animal, ni monument. Juste de la couleur, de la lumière rasante et un point de vue que l’œil humain ne peut pas adopter naturellement. C’est toute la promesse du drone : transformer un paysage qu’on croit connaître en composition abstraite, presque picturale.

Techniquement, une image comme celle-ci se joue à l’heure et à l’angle : les couches minérales de Zhangye ne révèlent leurs couleurs que sous une lumière rasante, tôt le matin ou en fin de journée, quand le soleil accentue le relief des strates sans écraser les teintes sous une lumière trop verticale. Un peu de post-traitement pour équilibrer la saturation, sans jamais la pousser au point de trahir la réalité géologique — c’est la ligne rouge de toute bonne photographie de paysage.

 

 

Publié le

La photo de la semaine : l’éclair qui a marqué le Love Your Coast 2026

Cette semaine, c’est un éclair qui a volé la vedette. En Irlande, le concours Love Your Coast Photography Competition 2026, porté par le programme Clean Coasts d’An Taisce, a dévoilé ses lauréats lors d’une cérémonie au Smock Alley Theatre de Dublin. 390 photographes amateurs, plus de 1 100 clichés envoyés, cinq catégories consacrées à la mer, aux rivières et à la vie sauvage du littoral irlandais : un concours moins médiatisé que les grands rendez-vous internationaux, mais qui parle directement au photographe de tempête que je suis.

Un bonhomme de foudre sur la promenade de Salthill

Dans la catégorie « Coastal Landscape », c’est Adrian Nolan qui l’emporte avec « Stick Man », un éclair saisi sur la promenade de Salthill, à Galway, dont la ramification dessine — comme par hasard — la silhouette filiforme d’un petit bonhomme au-dessus de la baie. Un coup de foudre au sens propre, au bon endroit, au bon moment, avec la bonne technique en poche.

La tempête comme personnage principal

Le jury a aussi récompensé par le « Impact Award » l’image « Bramzilla » de Tyrone Power, prise sur la jetée de Tramore (comté de Waterford) pendant la tempête Bram en décembre dernier : une vague qui se cabre littéralement comme un monstre marin. Et le grand gagnant toutes catégories, Chris Martin, repart avec « A Bit of a Pinch », la photo d’une loutre croquant un crabe sur les quais de Cork — la preuve que le spectacle du littoral n’est pas toujours là où on l’attend.

Voir toutes les photos primées sur Dublin Gazette →

Découvrir le concours Love Your Coast sur Clean Coasts →

Comment on capture ça : la technique, sans matiériel de bricoleur fou

Pour un éclair comme celui d’Adrian Nolan : trépied obligatoire, objectif grand-angle pour couvrir un maximum de ciel, mode « bulb » ou pose longue de plusieurs secondes, ouverture resserrée (f/8 à f/11) et sensibilité basse (ISO 100-200) pour ne pas cramer la scène dès que la foudre tombe. Certains s’aident d’un déclencheur sensible à la lumière qui shoote automatiquement dès qu’un éclair illumine le ciel — le reste, c’est de la patience et un abri sûr, jamais en plein sur une jetée exposée.

Pour une vague comme « Bramzilla » : on inverse tout. Vitesse rapide (1/1000s et plus) pour figer l’écume, téléobjectif pour rester à bonne distance de sécurité, rafale continue pour ne pas rater le pic exact de la vague, et un boîtier protégé des embruns. La tempête ne pardonne pas l’approximation, ni sur le réglage, ni sur la sécurité.

La leçon du photographe : une photo de tempête n’est jamais un coup de chance pur. C’est une attente calculée — on choisit son point de vue avant que le ciel ne se déchaîne, on règle son boîtier à l’avance, et on laisse la nature composer le reste. Le talent, c’est d’être prêt au bon endroit — jamais de courir après l’éclair une fois qu’il est tombé.

Et sur nos côtes bretonnes ?

Les tempêtes irlandaises ont un petit air de famille avec celles qui balaient l’Atlantique breton — la pointe du Raz, Ouessant, Belle-Île… Ici, à Carnac, ce sont des menhirs plantés depuis des millénaires qui encaissent le vent et les embruns : on peut (re)découvrir les alignements de Carnac et leur rapport étrange au temps qui passe, ou parcourir les tirages d’art de la collection Mégalithes en boutique. Une envie de tirage sur mesure ou une question sur une prise de vue ? Contactez-nous, on adore en parler.

Publié le

La photo de la semaine : le ciel du monde entier en lice pour l’Astronomy Photographer of the Year 2026

Chaque semaine, je m’arrête sur une image qui fait le tour du monde et je vous la raconte, avec mes yeux de photographe de terrain. Cette fois, ce n’est pas une photo qui buzze, mais tout un ciel : le shortlist du ZWO Astronomy Photographer of the Year 2026 vient d’être dévoilé par l’Observatoire royal de Greenwich, et il envoie du lourd.

Le buzz de la semaine : 4 000 images, 66 pays, un seul ciel

C’est le concours de photo astronomique le plus prestigieux de la planète, dans sa 18e édition. Cette année, 769 photographes et astronomes venus de 66 pays ont envoyé plus de 4 000 images. La sélection finale, publiée le 6 juillet, a été reprise partout — de Colossal à la BBC Sky at Night — parce qu’elle a ce truc rare : elle donne le vertige. Aurores qui incendient les fjords de Norvège, comète Lemmon suspendue au-dessus des Alpes suisses, galaxie d’Andromède en tourbillon cramoisi, Soleil couvert de taches saisi par un gamin de 14 ans… Les grands gagnants seront annoncés le 17 septembre, avant l’exposition au National Maritime Museum de Londres. Le vainqueur repartira avec 10 000 £.

Ce qui me parle, à moi qui shoote la côte

Dans cette avalanche de ciel profond, une image me ramène droit en Bretagne : « Te Hoho Rock Moonrise », du Néo-Zélandais Evan McKay, une aiguille rocheuse plantée dans la mer à Cathedral Cove, avec la Lune et les étoiles qui montent derrière. Remplacez le rocher austral par les Tas de Pois de la pointe de Pen-Hir ou par un menhir isolé, et vous avez exactement l’image que je cours après les nuits d’été. La France n’est d’ailleurs pas en reste : Humbert Cédric décroche une place avec la nébuleuse de l’Hélice (NGC 7293) accumulée sur 43 heures de pose, et Martin Giraud aligne les phases de la super-Lune au-dessus de Paris. La preuve qu’on n’a pas besoin de partir au bout du monde pour viser haut.

La technique, sans jargon

Ce shortlist réunit en réalité deux métiers très différents, et c’est bon à comprendre quand on débute.

D’un côté, le ciel profond : les nébuleuses et galaxies (Andromède, l’Hélice) sont captées au télescope sur une monture équatoriale motorisée qui compense la rotation de la Terre, puis empilées — parfois des dizaines d’heures d’exposition cumulées, avec des filtres à bande étroite pour faire ressortir l’hydrogène ou l’oxygène. C’est de la patience de bénédictin et beaucoup de traitement.

De l’autre, le nightscape (paysage nocturne), bien plus accessible : un boîtier, un objectif grand-angle très lumineux (f/2.8 ou mieux), un trépied solide, une pose de 10 à 20 secondes à haute sensibilité, et surtout un premier plan terrestre — rocher, phare, alignement de pierres — qui donne l’échelle et l’émotion. L’aurore de Jennifer Rogers dans les Lofoten ou la Voie lactée de Jakob Sahner en Namibie, c’est cette école-là. Celle qu’on peut pratiquer depuis nos côtes.

🔭 La leçon de photographe
Une belle photo de nuit, ce n’est pas d’abord du matériel, c’est de la préparation. On repère le lieu de jour, on vérifie la position de la Lune et de la Voie lactée avec une appli (PhotoPills, Stellarium), on attend une nuit sans lune et sans pollution lumineuse — et on compose avec un premier plan fort. Le ciel, tout le monde l’a au-dessus de la tête ; ce qui fait la photo, c’est ce que vous mettez devant.

Nos nuits bretonnes valent le détour

On l’oublie souvent : la Bretagne offre certains des ciels les plus sombres de la façade atlantique, surtout sur les presqu’îles et les îles. Et l’été, de juin à août, c’est la pleine saison du cœur de la Voie lactée. Les alignements de Carnac sous les étoiles, c’est un dialogue de 7 000 ans entre les hommes et le ciel — les mêmes pierres, sous les mêmes constellations que nos ancêtres néolithiques observaient déjà. C’est tout le sens de mon travail sur les tirages des mégalithes : marier la pierre et la lumière, le terrestre et le céleste.

Envie d’un tirage d’art qui raconte cette Bretagne-là, ou d’organiser une séance nocturne sur la Grande Plage de Carnac cet été ? Écrivez-moi, on en parle.

Voir tout le shortlist officiel →
La sélection sur Colossal →

Crédits des images citées : © ZWO Astronomy Photographer of the Year / Royal Observatory Greenwich — Evan McKay, Humbert Cédric, Martin Giraud, Jennifer Rogers, Jakob Sahner, Chuhong Yu & Zuoming Wang, Yifan Cao. Aucune image n’est reproduite ici : rendez-vous sur les liens officiels ci-dessus.

Publié le

La photo de la semaine : le monde vu d’en haut — le sacre d’Azim Khan Ronnie

Cette semaine, la planète photo a les yeux tournés vers le ciel. Le palmarès de la deuxième édition de l’International Aerial Photographer of the Year vient d’être dévoilé, et il a aussitôt fait le tour de la presse spécialisée, de PetaPixel à Colossal. Sur 1 587 candidatures venues du monde entier, c’est le Bangladais Azim Khan Ronnie — installé en France, cocorico d’adoption — qui décroche le titre suprême de photographe aérien de l’année 2026.

Le jury n’était pas composé de n’importe qui : Tom Hegen, le maître allemand des paysages abstraits vus du ciel, Isabella Tabacchi et Joanna Steidle. Autant dire que pour les convaincre, il fallait davantage qu’un joli survol de plage au coucher du soleil.

 

L’annonce officielle du titre d’Azim Khan Ronnie — et l’intégralité du Top 101 est à découvrir sur le site officiel du concours.

L’histoire d’un regard qui vient d’en haut

Le titre de photographe de l’année se joue sur un portfolio d’au moins quatre images — pas sur un coup de chance. Et celui de Ronnie est une leçon de diversité : une équipe d’aviron fendant les eaux turquoise du lac de Zurich, parfaitement synchronisée, les rames tranchant la surface comme des aiguilles d’horlogerie ; le ballet chaotique des mouettes de Sibérie autour des barques de Yamuna Ghat, à Delhi ; des milliers de piments rouge vif séchant en rangées géométriques à Bogura, au Bangladesh, où plus de 2 000 personnes travaillent dans une centaine de fermes ; et la ferveur du rituel hindou Rakher Upobash à Dhaka, mer de lampes à huile et d’encens photographiée à la verticale.

Quatre continents de couleurs et d’histoires, mais un seul fil rouge : vu du sol, rien de tout cela n’existe. Les rangées de piments ne sont qu’un champ ; les fidèles, une foule. C’est l’altitude qui révèle le motif, la géométrie, le sens. « Je cherche à révéler des échelles, des motifs et des perspectives impossibles à saisir depuis le sol », résume le lauréat, qui cumule déjà plus de 800 prix internationaux.

Côté technique : le drone comme un pinceau

Ronnie travaille au DJI Mavic 4 Pro et au Mavic 3 Classic, exclusivement en RAW pour garder toute la latitude en post-production. Sa retouche, sous Photoshop, se veut sobre : exposition, balance des blancs, contraste, couleur, netteté — « améliorer plutôt que manipuler », dit-il. Le concours l’exige d’ailleurs : aucune IA générative n’est admise, toutes les images doivent être l’œuvre d’une personne réelle. Un engagement d’authenticité qui me parle, vous le savez.

Ce qui frappe dans ses images, ce n’est pas la prouesse du pilotage : c’est la composition. Vue du ciel, la photo redevient un exercice de peinture abstraite — lignes, répétitions, ruptures. Le drone n’est qu’un trépied volant ; l’œil, lui, reste aux commandes.

📷 La leçon de photographe : vous n’avez pas besoin d’un drone pour penser comme un photographe aérien. Cherchez le motif avant le sujet : une répétition (rangées, vagues, pierres alignées), une rupture dans cette répétition, et une lumière rasante qui sculpte le relief. Montez sur une dune, une falaise, un clocher — dix mètres de hauteur suffisent parfois à transformer un champ banal en tableau graphique. Et cadrez à la verticale de temps en temps : le sol est une toile.

Crédit : les photographies évoquées sont l’œuvre d’Azim Khan Ronnie et des lauréats de l’International Aerial Photographer of the Year 2026. Elles ne sont pas reproduites ici par respect du droit d’auteur — admirez-les sur le site officiel ou dans l’article de PetaPixel.

Publié le

La photo de la semaine : ces peupliers immobiles qui viennent de décrocher le Hasselblad Masters 2026

Tous les deux ans, le concours Hasselblad Masters distingue les sept photographies les plus abouties de la planète, toutes disciplines confondues. Cette édition 2026, dont les résultats viennent de tomber, a battu un record : 108 000 photographies envoyées par des photographes de 160 pays. Et dans la catégorie qui me parle le plus, celle du Paysage, c’est une série toute en retenue qui l’emporte : des peupliers, une rivière, et rien d’autre.

La photo : « Ephemeral Visions », de Rohan Reilly

Le photographe irlandais Rohan Reilly, installé à Kinsale en Irlande, a été sacré Hasselblad Master 2026 en catégorie Paysage pour sa série Ephemeral Visions : une rangée de peupliers plantés sur les rives du Pô, en Italie, ces mêmes arbres qui protègent la berge des crues. Sur ses images, l’eau est parfaitement lisse, le ciel se fond dans la brume, et les troncs semblent flotter dans un silence total. Voici son annonce officielle, avec l’image primée :

Voir la photo primée sur Instagram →Voir sur Hasselblad.com →

Coïncidence amusante : il existe aussi un lieu-dit « Le Pô » ici même à Carnac — l’Anse du Pô, un ancien petit port ostréicole niché dans la baie de Quiberon, à deux pas de chez moi. Rien à voir avec le fleuve italien, mais de quoi sourire quand on habite Carnac !

Le Pô, Carnac, sous la pleine lune — photographie de Franck Besrest
Notre « Pô » à nous : l’Anse du Pô à Carnac, sous la pleine lune — disponible en tirage d’art.

La leçon technique : la pose longue, ou l’art de ralentir le temps

Ce qui transforme une rivière ordinaire en surface de soie, c’est la pose longue : un filtre ND très dense devant l’objectif, un boîtier verrouillé sur trépied, et une vitesse d’obturation qui s’étire de plusieurs secondes à plusieurs minutes. Le mouvement de l’eau et des nuages s’efface, seul reste ce qui ne bouge pas — les troncs, les pierres, l’ossature du paysage. Reilly ne shoote pas au hasard : il étudie la météo, revient saison après saison sur le même site, et attend la lumière diffuse qui gomme les ombres dures.

La vraie leçon est là : en photo de paysage, la technique la plus spectaculaire est souvent la plus dépouillée. Une pose longue ne rattrape jamais un mauvais cadrage — elle amplifie ce qui est déjà là. Avant de penser filtre et vitesse, il faut d’abord trouver le sujet qui mérite qu’on ralentisse : une ligne, une répétition, un vide qui respire.

Un langage que la Bretagne parle tout aussi bien

Cette écriture minimaliste, je la retrouve chaque fois que je pose mon trépied sur l’estran breton à marée basse ou au petit matin sur le golfe du Morbihan : l’eau immobile, la brume qui avale l’horizon, les formes qui se simplifient. J’ai exploré la même approche sur la rivière du Bono, où bateaux et rives se reflètent dans une eau presque figée par une pose longue à l’heure dorée.

Si cette retenue vous touche autant que moi, allez voir ma collection Mégalithes : les alignements de Carnac, photographiés à l’heure bleue ou dans la brume, obéissent à la même logique — laisser le silence du lieu occuper l’image. Vous pouvez aussi visiter mon guide complet des alignements de Carnac, ou me contacter si vous rêvez d’un tirage en pose longue sur mesure, mégalithes ou rivage breton.

Franck Besrest — photographe de Bretagne, Carnac & Morbihan.
Crédit photo & série : Rohan Reilly, Hasselblad Master 2026 (catégorie Paysage) — hasselblad.com/inspiration/masters/2026 & annonce officielle sur Instagram.

Publié le

La photo de la semaine : le cliché « trop fou pour être vrai » sacré Photographer of the Year 2026

Capture du site Africa Geographic : galerie des laureats du concours Photographer of the Year 2026

Chaque semaine, je vous emmène derrière une image qui fait le tour du monde, avec mon regard de photographe. Cette fois, le déclic ne vient pas de Bretagne mais d’Afrique australe — et il pose une question qui me tient à cœur jusque sur la lande de Carnac.

Le 11 juin, Africa Geographic a dévoilé les lauréats de son concours Photographer of the Year 2026. Plus de 6 000 images envoyées, 285 retenues, et un grand vainqueur : le photographe tchèque Petr Slavík, pour une scène saisie au petit matin sur les rives de la Chobe River, au Botswana. Une image tellement intense que le jury a éprouvé le besoin de préciser une chose, noir sur blanc.


Capture du site Africa Geographic : galerie des laureats du concours Photographer of the Year 2026
Capture d’écran de la galerie des lauréats sur africageographic.com — le concours dont je vous parle cette semaine. Toutes les photographies appartiennent à leurs auteurs respectifs ; cliquez pour voir la sélection officielle. © Africa Geographic

L’histoire d’une image « trop folle pour être vraie »

Fin de saison sèche. Un groupe de lionnes affamées, sans proie depuis trois jours, observe deux jeunes léopards venus boire à 300 mètres de là. La charge est immédiate. Dans un nuage de poussière, l’instant bascule en quelques secondes — un drame de prédation comme la savane en écrit chaque jour, mais que l’objectif capte rarement avec autant de netteté et de tension. Je ne décrirai pas la suite ici ; pour ceux que la nature dans toute sa crudité n’effraie pas, l’image et son récit complet sont sur le site du concours (© Petr Slavík).

Ce qui m’a frappé, ce n’est pas seulement la photo. C’est la note que le jury a tenu à ajouter : l’image, accompagnée de toute la séquence prise avant et après, a été examinée et authentifiée — elle n’est pas générée ni manipulée par IA. Autrement dit : en 2026, une photo peut être si spectaculaire qu’on doit désormais prouver qu’elle est… vraie.

Le vrai sujet de la semaine : l’authenticité

Dans son éditorial, le directeur d’Africa Geographic ne mâche pas ses mots : face à « la vague synthétique d’images d’IA » qui inonde nos écrans et brouille notre rapport au réel, le travail de ces photographes est « un sanctuaire ». La phrase m’a parlé. Vous le savez si vous me suivez : mes photographies de Bretagne, de nature et de sport sont mes propres clichés, pris sur le terrain, sans banque d’images. C’est tout le sens d’un tirage d’art : derrière l’image, il y a un lieu, une heure, une attente.

Cette image gagnante nous rappelle une vérité simple : la réalité dépasse encore l’imagination. Pas besoin d’inventer un monde quand on accepte de se lever avant l’aube pour assister au vrai.

La leçon du photographe
Une grande image d’action ne s’improvise pas, elle s’anticipe. Trois réflexes que j’applique aussi bien sur un terrain de hockey que face à l’océan : une vitesse d’obturation élevée (1/2000 s et plus pour figer le mouvement et la poussière en suspension), la lumière à contre-jour qui sculpte les silhouettes et donne du relief, et surtout la connaissance du sujet — savoir ce qui va se passer une seconde avant que cela arrive. Le reste, c’est de la patience. Et la patience, elle, ne se truque pas.

De la savane à la lande : des monolithes dans la brume

Dans la même sélection, une autre image m’a arrêté : celle du Britannique Cliff Fawcett, qui a fait décoller son drone au-dessus des monolithes de Pedras Negras, en Angola (© Cliff Fawcett). Au-dessus d’une mer de brume matinale, les pierres noires émergent « comme des îles anciennes » — des géants de roche dressés depuis des centaines de millions d’années.

Comment ne pas penser à nos alignements de Carnac ? Ici aussi, ce sont des pierres debout depuis des millénaires, et ici aussi, c’est la brume du petit matin qui les transforme en apparitions. Je passe des heures à guetter ce moment où le brouillard se lève sur les menhirs et où la lumière rasante leur rend leur mystère.

C’est la même quête, à 8 000 kilomètres de distance : capter le réel à l’instant où il devient extraordinaire. Pas de filtre miracle, pas d’image de synthèse — juste un photographe, sa lumière, et un lieu chargé d’histoire.

Pour aller plus loin

Si ces pierres dressées vous parlent, prenez le temps de parcourir ma collection Mégalithes, fruit de centaines de levers de soleil sur le Morbihan. Et si vous cherchez un tirage particulier, un format sur mesure ou simplement à échanger sur la photographie, écrivez-moi : je réponds toujours avec plaisir.

À la semaine prochaine pour une nouvelle photo de la semaine.
— Franck

Publié le

La photo de la semaine : des grizzlys à contre-jour, la leçon de lumière de la Journée mondiale de l’océan

Côte sauvage de Quiberon — photographie de paysage breton de Franck Besrest

Le 8 juin, pendant que le monde célébrait la Journée mondiale de l’océan sous l’égide des Nations unies, treize photographies ont été dévoilées au siège de l’ONU à New York. C’est le palmarès du UN World Oceans Day Photo Competition 2026, un concours organisé avec Dive Photo Guide et l’UNESCO, et chaque année il me happe : la mer y est montrée comme je l’aime, à la fois fragile et magnétique. Mais une image, parmi les treize, m’a arrêté net.

C’est celle de l’Américain Bruce Sudweeks, premier prix de la catégorie reine pour nous autres photographes de littoral : « Above Water Seascapes » — les paysages au-dessus de la surface. Deux oursons grizzlys, museau contre museau, jouant dans une rivière à saumons de l’île Kodiak, en Alaska, au tout premier soleil. Vous ne verrez pas l’image ici par respect du droit d’auteur, mais je vous invite vivement à l’admirer sur le site officiel du concours — elle le mérite.

L’histoire de l’image

La scène se passe à l’aube, sur Kodiak Island. Pour ces oursons, la journée commence comme toutes les autres : manger, jouer, dormir. La rivière déborde de saumons qui remontent le courant pour frayer une dernière fois, et les jeunes ours n’ont qu’à se servir. Sudweeks saisit l’instant exact où les deux frères se chamaillent dans l’eau, à contre-jour, cernés par une lumière dorée si intense qu’elle dessine leurs silhouettes d’un trait de feu.

Ce qui me touche, c’est que ce n’est pas une photo d’animaux au téléobjectif clinique. C’est une photographie d’océan : la rivière, les saumons, les ours forment une seule chaîne de vie reliée à la mer. Le jury ne s’y est pas trompé en la classant dans les « paysages au-dessus de l’eau » plutôt que dans la faune. La mer commence bien avant la côte.

Décryptage technique — la leçon du contre-jour

Techniquement, tout repose sur une décision que beaucoup de débutants fuient : placer le soleil face à l’objectif. À l’heure dorée, quand l’astre rase l’horizon, sa lumière traverse les bords du sujet et crée ce liseré lumineux — le rim light — qui détache les contours du fond. C’est lui qui transforme deux oursons mouillés en apparition.

Le piège, c’est l’exposition. En contre-jour, le boîtier veut « sauver » les ombres et crame tout le reste. Le geste juste est inverse : exposer pour les hautes lumières, accepter que les masses sombres deviennent des silhouettes, et laisser la gouttelette d’eau, le poil mouillé, la vapeur de la rivière capter ce halo. Ajoutez à cela une prise de vue basse, presque au ras de l’eau, qui place le spectateur dans la scène plutôt qu’au-dessus — et surtout une patience animale infinie, car l’instant du museau contre museau ne se commande pas : il se guette.

🎯 La leçon du photographe. N’ayez pas peur du contre-jour. La plupart des plus belles lumières que j’ai rapportées de Bretagne sont nées en visant le soleil, pas en lui tournant le dos. Réglez votre exposition sur la zone la plus claire, descendez à hauteur de votre sujet, et attendez. La lumière rasante de l’aube et du crépuscule fait le reste : elle sculpte, elle isole, elle raconte.

Et en Bretagne ?

Cette image d’Alaska me parle parce que je cours après la même lumière, à 7 000 kilomètres de là. Sur la côte morbihannaise et autour des mégalithes de Carnac, l’aube fait exactement ce travail : elle allume un liseré d’or sur le granit mouillé, sur l’écume, sur les silhouettes des menhirs. Le contre-jour breton n’a rien à envier à celui de Kodiak — il faut juste se lever tôt, et accepter de se mouiller les pieds.

Côte sauvage de Quiberon — photographie de paysage breton de Franck Besrest
« Côte sauvage de Quiberon » — un de mes tirages, né de cette même quête de lumière sur le littoral. Cliquez pour découvrir l’œuvre.

C’est tout l’esprit de mon travail : capter ces instants où la lumière de l’océan transfigure un paysage familier. Si vous voulez prolonger cette balade lumineuse, je vous invite à découvrir mon guide pour photographier les alignements de Carnac, ou simplement à m’écrire pour parler tirages, lumière et Bretagne.

Crédit photo du concours : Bruce Sudweeks — 1er prix « Above Water Seascapes », UN World Oceans Day Photo Competition 2026 (organisé par Dive Photo Guide). Photographie non reproduite ici ; à découvrir sur le site officiel du concours.