Chaque semaine, je vous emmène derrière une image qui fait le tour du monde, avec mon regard de photographe. Cette fois, le déclic ne vient pas de Bretagne mais d’Afrique australe — et il pose une question qui me tient à cœur jusque sur la lande de Carnac.
Le 11 juin, Africa Geographic a dévoilé les lauréats de son concours Photographer of the Year 2026. Plus de 6 000 images envoyées, 285 retenues, et un grand vainqueur : le photographe tchèque Petr Slavík, pour une scène saisie au petit matin sur les rives de la Chobe River, au Botswana. Une image tellement intense que le jury a éprouvé le besoin de préciser une chose, noir sur blanc.
L’histoire d’une image « trop folle pour être vraie »
Fin de saison sèche. Un groupe de lionnes affamées, sans proie depuis trois jours, observe deux jeunes léopards venus boire à 300 mètres de là. La charge est immédiate. Dans un nuage de poussière, l’instant bascule en quelques secondes — un drame de prédation comme la savane en écrit chaque jour, mais que l’objectif capte rarement avec autant de netteté et de tension. Je ne décrirai pas la suite ici ; pour ceux que la nature dans toute sa crudité n’effraie pas, l’image et son récit complet sont sur le site du concours (© Petr Slavík).
Ce qui m’a frappé, ce n’est pas seulement la photo. C’est la note que le jury a tenu à ajouter : l’image, accompagnée de toute la séquence prise avant et après, a été examinée et authentifiée — elle n’est pas générée ni manipulée par IA. Autrement dit : en 2026, une photo peut être si spectaculaire qu’on doit désormais prouver qu’elle est… vraie.
Le vrai sujet de la semaine : l’authenticité
Dans son éditorial, le directeur d’Africa Geographic ne mâche pas ses mots : face à « la vague synthétique d’images d’IA » qui inonde nos écrans et brouille notre rapport au réel, le travail de ces photographes est « un sanctuaire ». La phrase m’a parlé. Vous le savez si vous me suivez : mes photographies de Bretagne, de nature et de sport sont mes propres clichés, pris sur le terrain, sans banque d’images. C’est tout le sens d’un tirage d’art : derrière l’image, il y a un lieu, une heure, une attente.
Cette image gagnante nous rappelle une vérité simple : la réalité dépasse encore l’imagination. Pas besoin d’inventer un monde quand on accepte de se lever avant l’aube pour assister au vrai.
La leçon du photographe
Une grande image d’action ne s’improvise pas, elle s’anticipe. Trois réflexes que j’applique aussi bien sur un terrain de hockey que face à l’océan : une vitesse d’obturation élevée (1/2000 s et plus pour figer le mouvement et la poussière en suspension), la lumière à contre-jour qui sculpte les silhouettes et donne du relief, et surtout la connaissance du sujet — savoir ce qui va se passer une seconde avant que cela arrive. Le reste, c’est de la patience. Et la patience, elle, ne se truque pas.
De la savane à la lande : des monolithes dans la brume
Dans la même sélection, une autre image m’a arrêté : celle du Britannique Cliff Fawcett, qui a fait décoller son drone au-dessus des monolithes de Pedras Negras, en Angola (© Cliff Fawcett). Au-dessus d’une mer de brume matinale, les pierres noires émergent « comme des îles anciennes » — des géants de roche dressés depuis des centaines de millions d’années.
Comment ne pas penser à nos alignements de Carnac ? Ici aussi, ce sont des pierres debout depuis des millénaires, et ici aussi, c’est la brume du petit matin qui les transforme en apparitions. Je passe des heures à guetter ce moment où le brouillard se lève sur les menhirs et où la lumière rasante leur rend leur mystère.

C’est la même quête, à 8 000 kilomètres de distance : capter le réel à l’instant où il devient extraordinaire. Pas de filtre miracle, pas d’image de synthèse — juste un photographe, sa lumière, et un lieu chargé d’histoire.
Pour aller plus loin
Si ces pierres dressées vous parlent, prenez le temps de parcourir ma collection Mégalithes, fruit de centaines de levers de soleil sur le Morbihan. Et si vous cherchez un tirage particulier, un format sur mesure ou simplement à échanger sur la photographie, écrivez-moi : je réponds toujours avec plaisir.
À la semaine prochaine pour une nouvelle photo de la semaine.
— Franck