Tous les deux ans, le concours Hasselblad Masters distingue les sept photographies les plus abouties de la planète, toutes disciplines confondues. Cette édition 2026, dont les résultats viennent de tomber, a battu un record : 108 000 photographies envoyées par des photographes de 160 pays. Et dans la catégorie qui me parle le plus, celle du Paysage, c’est une série toute en retenue qui l’emporte : des peupliers, une rivière, et rien d’autre.
La photo : « Ephemeral Visions », de Rohan Reilly
Le photographe irlandais Rohan Reilly, installé à Kinsale en Irlande, a été sacré Hasselblad Master 2026 en catégorie Paysage pour sa série Ephemeral Visions : une rangée de peupliers plantés sur les rives du Pô, en Italie, ces mêmes arbres qui protègent la berge des crues. Sur ses images, l’eau est parfaitement lisse, le ciel se fond dans la brume, et les troncs semblent flotter dans un silence total. Voici son annonce officielle, avec l’image primée :
Voir la photo primée sur Instagram →Voir sur Hasselblad.com →
Coïncidence amusante : il existe aussi un lieu-dit « Le Pô » ici même à Carnac — l’Anse du Pô, un ancien petit port ostréicole niché dans la baie de Quiberon, à deux pas de chez moi. Rien à voir avec le fleuve italien, mais de quoi sourire quand on habite Carnac !

La leçon technique : la pose longue, ou l’art de ralentir le temps
Ce qui transforme une rivière ordinaire en surface de soie, c’est la pose longue : un filtre ND très dense devant l’objectif, un boîtier verrouillé sur trépied, et une vitesse d’obturation qui s’étire de plusieurs secondes à plusieurs minutes. Le mouvement de l’eau et des nuages s’efface, seul reste ce qui ne bouge pas — les troncs, les pierres, l’ossature du paysage. Reilly ne shoote pas au hasard : il étudie la météo, revient saison après saison sur le même site, et attend la lumière diffuse qui gomme les ombres dures.
La vraie leçon est là : en photo de paysage, la technique la plus spectaculaire est souvent la plus dépouillée. Une pose longue ne rattrape jamais un mauvais cadrage — elle amplifie ce qui est déjà là. Avant de penser filtre et vitesse, il faut d’abord trouver le sujet qui mérite qu’on ralentisse : une ligne, une répétition, un vide qui respire.
Un langage que la Bretagne parle tout aussi bien
Cette écriture minimaliste, je la retrouve chaque fois que je pose mon trépied sur l’estran breton à marée basse ou au petit matin sur le golfe du Morbihan : l’eau immobile, la brume qui avale l’horizon, les formes qui se simplifient. J’ai exploré la même approche sur la rivière du Bono, où bateaux et rives se reflètent dans une eau presque figée par une pose longue à l’heure dorée.
Si cette retenue vous touche autant que moi, allez voir ma collection Mégalithes : les alignements de Carnac, photographiés à l’heure bleue ou dans la brume, obéissent à la même logique — laisser le silence du lieu occuper l’image. Vous pouvez aussi visiter mon guide complet des alignements de Carnac, ou me contacter si vous rêvez d’un tirage en pose longue sur mesure, mégalithes ou rivage breton.
Franck Besrest — photographe de Bretagne, Carnac & Morbihan.
Crédit photo & série : Rohan Reilly, Hasselblad Master 2026 (catégorie Paysage) — hasselblad.com/inspiration/masters/2026 & annonce officielle sur Instagram.